Carnet de route
Un p'tit tour dans les hautes vallées de Bozel - Charvet/Pralognan
Le 01/08/2026 par Mikael
Tout commence le samedi 1er août à 6h45 sur le parking de Carrefour Market.
Mikael arrive avec ses 5 minutes de retard coutumières mais sans oubli de chaussettes ou autre matériel :-). Catherine et Virginie sont en place et nous chargeons rapidement le spacewagon qui doit nous conduire au bout de la vallée de Bozel pour un week-end en Vanoise : direction Pralognan où nous partons retrouver Angélique, ancienne adhérente qui s’y est implantée depuis qu’un AM sportif bourlingueur lui a tapé dans l’œil.
Le chauffeur ménage sa monture qui lui cause quelques soucis avec une commande hydraulique d’embrayage pouvant défaillir à force de hautes températures et appuis répétés…
Nous prenons Valérie à Bourgneuf et poursuivons notre route tranquillement jusqu’à Bozel et au-delà. Un feu de chantier nous ralentit un peu au sommet des épingles sous les Caves et nous arrivons finalement sur Pralo après une petite pensée pour mon collègue atomique du Planay. La circulation est tout à fait raisonnable, pas grand-monde devant ni derrière nous, ni non plus dans l’autre sens.
La rando du jour est une reprise d’une rando du club menée par d’autres encadrants 2 ans plus tôt : les crêtes du Mont Charvet. Une fois sur place, décision est prise de partir de La Croix où un parking a été repéré sur les photos satellite à la cote 1390m; nous nous y garons et préparons. Quelques oublis malencontreux sont vite réparés grâce à la solidarité entre adhérents. Faux départ de Mikael qui s’est blessé à un orteil et ne supporte pas les chaussures hautes et étroites et doit se résoudre à enfiler la paire de chaussures basses et plus spacieuses. Le hameau de La Croix est très joli avec ses hautes façades et balcons en bois, ce qui rend l’attente plus agréable.
C’est peu avant 8h45 que notre petit groupe de quatre prend le départ par un sentier en sous-bois qui monte régulièrement dès après la dernière maison « Cabane de la Goutte », qui offre en petits caractères des explications sur la récolte et distillation de la liqueur de gentiane.
Nous croisons rapidement un couple qui redescend déjà, puis un batracien que Virginie qui ferme la marche identifie comme une grenouille rousse. Peu de fleurs en sous-bois à cette saison mais les feuilles d’hépatique (hepatica nobilis) sont nombreuses et donnent envie de revenir au printemps. Il ne fait pas chaud au thermomètre mais le ressenti est pénible avec forte humidité et peu d’air.
Une heure plus tard, nous pouvons temporairement émerger de la canopée au belvédère du Rocher des Fattes (1835m), qui offre une vue dégagée sur le Grand Bec à l’est, et sur l’îlot ‘dolomitesque’ des aiguilles d’Août et de Mey à l’ouest. Ainsi que bien sûr les crêtes, objectif du jour, et leur prolongement vers le Rocher de Villeneuve. Virginie reconnait la silhouette d’un cassenoix moucheté en vol, détermination confirmée un peu plus tard par leurs cris puis la présence de l’arolle (pin cembro) qui lui est inféodé.
L’ascension se poursuit en forêt jusqu’à déboucher 30min plus tard sur une piste (1966m) sans couvert forestier, où les fleurs se font plus nombreuses, avec de belles grandes astrances en particulier, mais aussi des épilobes, centaurées, saxifrages, épipactis et leurs pollinisateurs hyménoptères et lépidoptères.
La vue s’ouvre sur la suite de la randonnée qui se dévoile plus minérale et pentue : direction le couloir de la Grande Pierre et son Col éponyme qui le domine. Nous passons près des chalets de La Montagne (toponyme évident mais pas si courant) et commençons à gravir les pentes de de couloir. La piste devient vite un chemin puis un sentier, qui monte hardiment.
Les fleurs et papillons sont toujours aussi nombreux et variés (achillées, gentianes, saules nains). Un grand apollon vient nous taquiner une dizaine de secondes avant de repartir, sans plus vouloir se montrer, on plus que ses congénères.
Il fait chaud avec le soleil dans le dos, mais la ventilation d’Eole nous climatise confortablement. Nous nous élevons progressivement avec des vues de plus en plus épiques sur les hauts sommets calcaires des aiguilles, et les crêtes arrondies de gypse du Mont Charvet abritant le bien-nommé gypsophile. De l’autre côté de la vallée, nous ne pouvons que constater avec une infinie tristesse que le glacier des Grands Couloirs de la Grande Casse est déjà à 70% en glace noire et avec un profil laissant augurer d’une grande difficulté et dangerosité d’ascension alpine estivale (a minima).
Après 500 mètres d’ascension éprouvante pour les corps, et 1 ou 2 hésitations et micro-erreurs de parcours dans la partie la plus rocheuse et verticale, nous parvenons au Col autour de 11h45.
Séance photo de paysages et de fleurs, juste à l’ouest du col côté Courchevel, puis un peu plus au sud en remontant la sente faîtière jusqu’ un petit belvédère qui nous dévoile notre premier bouquet d’edelweiss et ouvre la vue vers entre deux majestueux sommets du groupe de la Portetta (dents de la Portetta, dent du Biol, aiguille de Mey, rochers de Plassa) que nous avons parcouru il y a peu grâce à Didier sur l’itinéraire alpin Via Cavo del Mey de type ‘via ferrata’ à l’italienne inauguré en 2022. Décryptage du panorama qui s’offre à nous ICI.
Nous renseignons un jeune traileur fort aimable parti du lac de la Rosière côté Courchevel, avant de repartir en quête d’un lieu de pique-nique pas trop éloigné. 15 minutes et nos premiers entonnoirs de dissolution du gypse plus tard, nous nous posons en bordure d’un de ceux-ci, face à la Grande Casse avec des edelweiss comme compagnes. Un groupe pique-nique à proximité, et un ou deux autres passent, nous jouissions d’une belle tranquillité, loin des foules que nous aurions attendues un samedi d’août en Vanoise (mais hors PNV et pas si haut, un jour de chassé-croisé, ce qui pourrait expliquer).
Le repas avalé, certains se reposent quelques minutes tandis que d’autres shootent a gogo. Une séance photo de groupe nous dévoile une autre facette du gypse : si « pendant l'orogénèse, le gypse joue un rôle clé de lubrifiant et de source de fluides ; en s'enfouissant, il se déshydrate en anhydrite et libère de l'eau. », ce qui mène d’un côté à des roches tendres que l’eau vient dissoudre, et de l’autre à des roches bien plus dures et de surface agressive, que nous appelons alors « gypsum malaucum » (ou gypse mal-au-séant).
Nous reprenons notre chemin, souvent assez large et toujours bien tracé, qui parcourt les crêtes du sud au nord, slalomant en 3 dimensions entre les entonnoirs, et suivant le pendage global, en descente vers le nord et le Col de la Dent.
Où que le regarde se porte, les paysages et vues de proximité sont superbes. Nous admirons en particulier les remarquables formes qu’adopte un certain état de gypse assez dur, à la surfacée texturée entre gros sel et grès, formant des vagues ou autres courbes d’une rare élégance.
En suivant un groupe de trois hommes habitués des lieux dont au moins un parti du camping-caravaneige de Pralognan, nous nous rapprochons du col et la crête se fait progressivement plus boisée tout en restant ouverte et agréable.
Au Col de la Dent, Mikael opte pour un aller-retour vers le col de la Chal, histoire de voir de plus près la facette typée ‘badlands’ de gypse blanc raviné qui caractérise la Dent du Villard vue depuis la route des Avals de Courchevel. On la voit bien avant qu’elle ne soit complètement masquée par la forêt qui s’est à nouveau densifiée, tout en recelant toujours autant d’entonnoirs de dissolution, certains gigantesques.
Me prend l’idée d’organiser en ces lieux un parcours d’orientation ardu, qu’il faudrait bien entendu sécuriser sérieusement… Une interrogation aussi : ces lieux au relief si tourmenté et à la surface développée si colossale ont-ils été explorés à 100% … ?
pas si sûr, en tout cas, nous sommes à cet endroit dans la réserve biologique dirigée de la Dent du Villard, qui a pour objectif « la libre évolution naturelle d’une pineraie de pin à crochets sur gypse et la préservation de la biodiversité. Toute exploitation forestière et toute intervention modifiant les habitats y sont interdites » (à quelques exceptions près, légitimes).
Le groupe se réunit un peu avant le col du Golet. La forêt abrite encore quelques poches de fraîcheur, dont celle où Catherine, Valérie et Virginie se sont reposées en attendant, mais c’est plutôt la chaleur moite qui domine.
Arrivés au col, la décision est unanime : hors de question de gravir les pentes du Rocher de Villeneuve en plein cagnard, pour ne rien découvrir de bien nouveau (ce qui nous sera confirmé le soir par Angélique).
Nous descendons tranquillement par le bucolique sentier des Envers, via les chalets de Laitet et des Rossechets. C’est à cet endroit que nous piquons droit au nord-est, via un sentier pentu bien tracé dans des pentes encore bien plus raides, tapissé d’aiguilles d’épicéa séchées engageant à adopter une allure modérée pour éviter toute glissade incontrôlée.
La descente est de ce fait très efficace, et tellement intense que le genou en manque d’amorti de Catherine la fait soudainement souffrir et nous force à une courte pause en vue du Rocher des Platières.
Huit minutes plus tard, nous repartons pour les dernières centaines de mètres, sur le sentier, puis par le pré le jouxtant, remarquablement propre de toute pierraille notable, alors que les pierriers du Rocher viennent lui lécher le pourtour nord.
Nous dérangeons un campeur dans une tente peu tendue dressée à la sortie de ce pré et nous en excusons, ratant au passage la bifurcation pour rentrer dans le hameau par le haut. Pas très grave, nous trouvons une autre voie d’accès un peu plus bas, qui nous fait découvrir quelques autres rues de La Croix, dont une fontaine d’eau potable très appréciée, couverte et décorée de belles suspensions florales. Une petite famille de cyclistes s’y repose, les deux jumeaux de cinq ans s’affairant à la conception d’une soupe de brocolis vivement remuée.
Le parking est atteint à 16h48, la voiture est au soleil, mais son coffre est à l’ombre et, miracle!, les biscuits fourrés chocolat de Valérie, stockés hors glacière, sont intacts, tandis que l’eau fraîche des glacières a gardé tout son potentiel désaltérant et rafraîchissant.
Les stats : 11.6km et 1100m de D+ pour tout le monde, 13.5km et 1180m de D+ avec la variante du pied de la Dent du Villard; nous avons gagné 3-4 km par rapport à un départ du parking du Plan, et évité toute portion en aller-retour :-)
Nous reprenons la voiture et faisons quelques courses (pain, olives, protections anti-ampoules) avant de rejoindre Angélique à la Bergerie de Chavière. Une petite sueur froide mais l’embrayage tient le choc malgré la chaleur, ouf !
Le parc de la Bergerie héberge quelques animaux qui doivent enchanter les bambins : poules, lapins, âne dont on entendra le braiement en soirée, et chèvres barbues bien entendu. Démontrant un total professionnalisme envers les clients nous précédant, Angélique nous accueille pimpante et rayonnante avec chaleur et sourires, quel plaisir que de la retrouver là au milieu des montagnes, toujours dans le domaine de l’alimentation mais d’une toute autre nature et échelle, ce qui semble lui aller comme un gant. Impression partagée semble-t-il : on la prend pour la fille de la patronne :D
Nous lui prenons quelques fromages, frais, affinés ou tomme, ainsi que quelques saucisses de chèvre qui nous régaleront le soir ou en chemin demain. Nous sommes heureux de voir au passage que les bons produits du Val Gelon ont réussi à se frayer un chemin jusqu’en Vanoise, avec la ferme de Montmalfoug comme digne représentant de notre terroir. Les produits partenaires sont de belle qualité et fièrement mis en valeur par les visuels sobres et expressifs qui doivent beaucoup à Angélique.
La découverte de Pralognan se poursuit avec le quartier résidentiel du Plateau où Angélique s’est installée en compagnie de son chéri, lui aussi produit d’importation mais parfaitement intégré à la vie locale. Il est malheureusement en baroude lointaine dans des contrées plus fraîches voire glacées, partie remise, nous serons enchantés de faire sa connaissance à une prochaine occasion !
L’appartement est spacieux, très frais et super agréable en ces temps de canicule, sis au sein d’une petite copropriété de chalets en bois très esthétiques et magistralement intégrés à l’environnement de haute montagne l’environnant : vue sur le petit Mont Blanc, le dôme de Polset, le Bochor, le Grand Marchet et j’en passe.
Nous nous affairons à nous mettre propres et préparer la soirée et la nuit avant le retour de notre hôtesse du soir une petite heure plus tard : la chambre et son grand matelas complété d’un pneumatique pour mesdames, le salon et son grand canapé pour monsieur.
Les hostilités sont aussi lancées pour le repas : salades tenues au frais sans rupture, dahl de patates douces qui reprend des couleurs à feu doux, oignons et lardons qui grésillent en attendant leur support de blé dur : des coquillettes Panzani! N’ayant pas encore de petits-enfants et dans une optique d’orthodoxie transalpine, je n’en avais plus vues depuis une bonne dizaine d’années. Sans couvercle et avec l’altitude, elles peinent un peu à cuire mais la frayeur de sous- ou sur-cuisson s’effacera à l’ingestion.
Il est temps de passer à table, sur le grand balcon-terrasse – vierge de bois de chauffage à cette saison, avec ou sans manches longues selon sa tolérance à la fraîcheur qui s’installe. Nous sommes en pleine période de vacances d’été mais le plus grand calme règne… quel plaisir de pouvoir converser à voix basse autour d’un verre de vin de sarriette (merci Catherine !) et en dégustant les victuailles partagées. Les bouteilles de vin et de cidre ont été amenées en nombre mais aucune ne sera dégustée le soir-même, nous restons d’une extrême sobriété, tout en nous réhydratant à plein.
Nous refaisons le monde gentiment, mais pas trop longtemps pour être en forme olympique le lendemain. Un brin de vaisselle manuelle au savon et à l’éponge lavable plus tard, nous nous mettons en configuration nocturne, les sacs prêts pour un départ sans perte de temps ni oublis en mode refuge.

