Carnet de route
Un p'tit tour dans les hautes vallées de Bozel - Vallaisonnay/Champagny
Le 02/08/2026 par Mikael
6h sonne, nous sautons du lit, rangeons et passons à table pour un petit déjeuner consistant et efficace en essayant de ne pas faire trop de bruit. Angélique nous rejoint une demi-heure plus tard : ayant fort à faire avec sa double activité, elle ne randonnera pas avec nous in fine. Grand merci à elle pour son hospitalité et nous avoir offert le gîte dans son joli cocon !
La voiture est chargée dans le timing convenu, et nous voici 30 minutes plus tard à pied d’œuvre au grand parking du Laisonnay d’en Bas encore à l’ombre et endormi, grâce à la route des Caves bien ouverte et malgré un chantier sur un pont. Le parking est assez plein mais sans excès, encore une fois loin de l’image que je me fais de la Vanoise post-covid en été. Le cadre est beau et nous distinguons certains des reliefs que nous allons parcourir ce jour.
La montée le long du torrent de Py est rude. Je ne le sais que trop bien, y ayant grillé toutes mes forces il y a vingt ans lors de ma première course d’alpinisme avec le CORVI, club montagne de Renault Trucks, en ayant voulu suivre un quinqua qui avançait prestement malgré la pente et qui s’avèrera être un pionner du trail… Virginie prend la tête pour la majorité de cette ascension soutenue de 600 mètres, profitant de l’ombre et de la fraîcheur pour mettre les km derrière nous. Les vues sont belles sur le Grand Bec et les pointes de la Glière, aux roches et glaciers illuminés.
Contrairement à mon souvenir de 2005, aucune harde de bouquetins ne se laisse voir. Nous arrivons au refuge de Plaisance une bonne heure plus tard, alors que le soleil vient de l’atteindre. Une petite pause plus tard, nous reprenons le chemin derrière deux petits groupes. Nous franchissons les falaises par leur large faiblesse septentrionale, savamment utilisée par le chemin bien tracé. Nous avançons entre ombre et lumière, admirant toujours les paysages, les fleurs et la verdure, avec le sommet de Bellecôte surplombant le cirque du Cul du Nant en majesté, tandis que le glacier du même nom exposé plein sud semble avoir largement régressé en deux décennies (environ 200-300m en dénivelé).
Après avoir contourné les reliefs des Essérieux par le nord, le chemin vire à l’est vers le Plan Séry, vaste étendue assez plate dévoilant des reliefs de dolomies ocres culminant au Grand Tuf du Plan Séry. Catherine s’attendait à y retrouver une bonne trace obliquant plein sud vers le passage rocheux sous la Roche des Chèvres, observée lors de son dernier passage et confirmée comme praticable en rando par son ex-patient de Rocheplane.
Vient rapidement un débat sur la possibilité ou non de cheminer ainsi hors sentier en Vanoise, similaire à celui en commentaires du topo AltitudeRando Pointe de la Vallaisonnay (3020m) et Roche Noire (2931m) en boucle. Il ne sera pas tranché. Le site du PNV indique
Rester sur les sentiers et éviter de couper les lacets à la descente
Le passage répété de randonneurs en dehors des sentiers entraîne une érosion qui devient très difficile à traiter une fois qu’elle est installée. De plus, l’herbe des prairies de fauche et des alpages constitue la ressource des agriculteurs : évitez donc de la piétiner.
Ou encore sur cette mini-vidéo
Pourquoi rester sur les sentiers balisés ?
Couper les sentiers de randonnée pour prendre des raccourcis ou marcher en dehors des sentiers balisés a un impact sur le milieu naturel : ➡️ Erosion des sols ➡️ Dérangement de la faune sauvage, pouvant provoquer un stress en période de reproduction ou d’hivernage ➡️ Piétinement de plantes rares et endémique
Tout cela est quand même moins clair que l’indication du Parc National des Ecrins :
Sortir des sentiers n’est pas interdit par la réglementation du parc. Cependant, ne pas sortir du sentier est une bonne pratique pour éviter les dégradations et l’érosion du sol, ainsi que le dérangement de la faune et de la flore.
Amoureux des fleurs, vous pensez bien que nous prenons garde à ne pas piétiner celles-ci, ni mêmes les coussinets de fleurs alpines qui ont mis des années voire décennies pour prendre la forme qu’on leur voit. Randonneurs ou quelquefois alpinistes, nous n’allons cependant pas nous transformer en jaïnistes ou moines jaïn
Mikael a pris la tête et la responsabilité du groupe pour le reste de la rando. Sans trace gpx pour recalibrer la mémoire, nous bifurquons sans doute 100-200m trop tôt et passons un peu trop haut sous les premiers reliefs de la Roche, suivant des traces d’animaux dans des pentes assez raides, avec un pierrier qui va donner quelques sueurs froides à Valérie.
Nous cheminons au milieu d’un relief rocheux assez complexe en progression ascendante régulière, exploitant au mieux les faiblesses que nous observons, en restant dans le domaine de la randonnée, mais de plus en plus alpine, Mikael évoluant un niveau un peu plus haut que Catherine et ses dames.
Buttant sur une petite difficulté exigeant de mettre les mains avec 1-2 pas d’escalade flirtant avec le III, et poussé par des demandes insistantes de passer par le bas dans les pentes plus faibles montrées par le calque IGN, nous descendons de 20-25 mètres pour passer sous les rochers plus imposants. Après lecture plus fine de la carte, de la trace et d’un waypoint-clé, il semble que nous aurions pu rester à niveau ou contourner 5-10 mètres plus haut. A tenter à un prochain parcours éventuel de cet itinéraire !
Nous retrouvons alors les éboulis-pierriers et un premier cairn, provenant sans doute de Plan Séry… Nous trouvons un névé que nous contournons et progressons dans un couloir pierreux jusqu’à un replat à la cote 2717 où nous admirons un superbe plant de génépi noir blotti sur un rocher au pied d’un cairn, tandis que les roches grises calcaires de gauche contrastent avec les ocres dolomitiques de droite.
L’ascension reprend, plutôt hors sentier et avec quelques cairns de ci de là dans un terrain moins hostile et avec une progression régulière nous menant sous le col de la Roche Noire. Mikael prend à droite dans les roches ‘noires’ et comprend un peu tard que le véritable col est situé plus à gauche. L’information est transmise au groupe qui continue son chemin, tandis que Mikael fait un crochet par le sommet de Roche Noire. Aucune trace n’étant visible du bas, c’est droit dans le pentu que les 40 derniers mètres sont avalés, dans les roches les plus sombres vues depuis le matin. Le panorama est splendide, sur tout le chaînon Grande Motte Grande Casse jusqu’au Grand Bec vers le sud, et Bellecôte Pourri Vallaisonnay vers le nord.
Le groupe se ressoude sur une petite éminence (2914m), 5 mètres au-dessus de la vague trace menant au sommet de la Pointe de la Vallaisonnay. Nous y pique-niquons au soleil, avec une bonne brise qui nous rafraîchit.
Après plusieurs hésitations, et lecture plus fine des topos miraculeusement accessibles en ligne en 3G (« T4, plus impressionnant que difficile »), c’est finalement l’ensemble du groupe qui reprend la route vers le sommet et suit diligemment Mikael entre les différentes sentes qui bariolent l’arête ouest de la Pointe. Nous restons attentifs en gardant les bonnes distances et bons positionnements afin d’éviter les chutes de pierraille et leurs conséquences possibles (nous n’avons pas de casque). Nous croisons une petite famille de trois qui redescend après avoir traversé, a priori depuis l’ouest et en suivant des cairns.
Ça y est, le groupe émerge un à un d’entre les rochers sommitaux, nous y sommes, 3020 mètres d’altitude, un gros cairn, de la place et des faux-plats suffisants pour se sentir en sécurité et prendre des photos en 360. Nous y observons de loin nos seuls bouquetins de la journée, un groupe de 13 individus allongés dans la partie haute des pierriers nord.
Pour la descente, nous optons pour un itinéraire semblant praticable à vue, qui louvoie d’une zone plutôt herbeuse et fleurie à une autre avec quelques petits perriers ou reliefs rocheux.
Afin d’éviter les plus gros pierriers a priori peu commodes au sud, nous explorons vers l’ouest-sud-ouest et trouvons un petit couloir qui semble praticable mais un peu délicat. Après quelques purges de pierrailles, c’est accroupi, sur les fesses ou les pointes de pied face à la pente que chacun le descend, avec parade de l’encadrant pour (r)assurer. Une fois franchi, nous le verrons dans le rétro plus raide que vu du haut. Bravo à toutes pour avoir osé le franchir, et brillamment !
La descente se poursuit hors sentier, au milieu de véritables jardins d’edelweiss qui ne nous font absolument pas regretter la difficulté du couloir, déjà rangé au rang des expériences marquantes qui nous ont fait progresser, individuellement et collectivement. Les fleurs sont nombreuses et diverses, absolument inespéré pour un début août, sans doute aidé par la fonte tardive des épaisses couches de neige du printemps : gentianes champêtres, pédiculaires, saxifrages, achillées nana, campanules en tout genre, et encore et surtout des edelweiss.
Les pentes deviennent temporairement plus rocheuses jusqu’à un petit collu autour de 2700m, sous le sommet de dolomie coté 2827m qui en impose. L’herbe d’alpage devient alors prédominante et nous rejoignons assez vite le sentier borgne qui dévale les pentes depuis le Tuf de la Grassaz. Il rejoint bientôt le chemin principal du secteur, panneauté et balisé qui descend lui du Col de la Grassaz. Nous observons en chemin plusieurs stations de nigritelles, plutôt en fin de cycle, mais certaines encore bien colorées et parfumées ; plutôt chocolat pour celle que j’ai sentie. Deux ou trois marmottes s’offrent aussi fugacement à notre regard.
Le reste de la rando jusqu’au Refuge de la Glière est assez long et plus conventionnel, sur sentiers puis sur piste et sentiers qui coupent les lacets, mais jamais monotone grâce à la vue permanente sur la Grande Casse, ses satellites et leurs glaciers. Nous doublons quelques groupes de taille petite à moyenne, nous faisons doubler par quelques trailers ou sportifs, mais ce n’est pas non plus la foule des grands jours.
Arrêt remplissage des gourdes au bachat du refuge, pas le plus pratique avec long tuyau qui pendouille, haut niveau d’eau et grosse pression/débit, mais apprécié pour ne pas arriver à sec. Il est 17h, trop tard pour prendre un pot qui va nous couper les pattes. Nous repartons pour la dernière longue portion…
Quelques derniers kilomètres jusqu’au Laisonnay, Valérie et Mikael accompagnent sur la piste Catherine qui souffre à nouveau du genou en fin de journée après les dernières descentes raidasses. Virginie, qui a bien compris que le fil qui coupe l’entrée du chemin est destiné aux deux-roues, passe par le sentier raccourci qui la fait repasser devant au finish.
Nous arrivons aux voitures autour de 18h, fourbus mais heu!reux!, avec le sourire jusqu’aux oreilles. L’habitacle est au soleil mais le coffre est resté à l’ombre, ce qui nous donne la joie de déguster cookies et eaux glacés.
Les stats : 19.3km et 1490m de D+ pour tout le monde, 19.8km et 1540m de D+ pour le rédacteur ascensionniste du tas de cailloux dénommé Roche Noire.
Le trajet voiture de retour n’est qu’une formalité, sans encombre mécanique, ni embouteillages, de véhicules ou trailers – comme à l’aller à Moutiers.
Un week-end alliant le plaisir des cinq sens à la bonne camaraderie et à la simplicité des relations et de l’organisation logistique grâce à Angélique. On en redemande, et on reviendra en tout cas plus souvent en Vanoise ! Merci Catherine et le Club Alpin Belledonne Nord de nous offrir de si beaux moments.

